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Lire et écrire de la poésie avec ses enfants

En ce moment, la lutine est attentive à tout ce qui rime. Elle les entend dans les phrases du quotidien (« Il faut racheter du pain pour demain » « Maman ! ça rime ! »), elle essaie d’en faire elle-même. Elle est également très sensible aux poèmes et aux paroles de chansons. Alors nous parlons, lisons, écrivons de la poésie, et nous nous amusons beaucoup.

La poésie est difficile à définir. La définition classique serait de dire que la poésie ce sont des vers et des rimes. Mais alors d’une part cela exclut certains poèmes, en prose par exemple, et d’autres part cela oblige à inclure dans la poésie le théâtre en vers (Tartuffe de Molière est écrit en vers !) ou les romans médiévaux.

Paul Claudel n’hésitait pas à donner une définition très large de la poésie, écrivant « Partout où il y a langage, partout où il y a des mots, il y a poésie à l’état latent ».

Cet état poétique latent du langage s’exprime particulièrement chez les enfants. En effet, ceux-ci ont un rapport au langage et au monde neuf, plein d’imaginaire et de spontanéité. Pensez à ces petites phrases devant lesquelles tous s’extasient. Il s’agit là d’une ébauche de poésie. Je me rappelle la lutine me disant un jour en écoutant la cigale dans un CD sur les bruits des animaux : « Maman, avant je croyais que c’étaient les étoiles qui chantaient ». L’enfant est perpétuellement émerveillé face au monde, de même que le poète.

Voici quelques idées pour lire et écrire de la poésie avec les enfants, même ceux qui ne savent pas écrire (le parent fait le scripteur). Les poèmes sont parfois difficiles, les enfants ne comprennent pas tout, mais ce n’est pas grave, ils écoutent la musique des mots, ils rêvent à la magie des images (à la fin de la page, j’ai joint un document rassemblant les poèmes cités dans l’article)

  • Les fables : En ce moment la lutine est grande amatrice des fables de La Fontaine. Nous avons un magnifique livre illustré de gravures anciennes, ainsi qu’un CD sur lequel les fables sont lues. Elle me demande aussi souvent de réciter celles que je sais (rien de glorieux, passé le Corbeau et la Cigale, je ne me rappelle de rien, mais ça donne très envie d’en apprendre d’autres !). Les fables préférées de la lutine sont : Le Corbeau et le Renard, Le Renard et la Cigogne, La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, Le lièvre et la tortue, La mouche du coche, Le héron. Nous jouons à les dire ensemble en exagérant la prononciation et le ton, prenant une voix mielleuse pour le renard, un ton dédaigneux pour le héron. C’est vraiment rigolo.

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  • La poésie révèle la musique du langage

Le poète utilise les sons de la langue pour faire chanter les mots. Pensez par exemple à Rimbaud qui écrit dans le poème « Roman » au sujet d’une jeune fille se promenant en ville sous le regard du poète amoureux

« Tout en trottant de ses petites bottines ».

Faites entendre à l’enfant les sonorités, et imitez avec vos pieds le bruits des bottines.

A lire : Soleils couchants et Chanson d’automne de Paul Verlaine.

Activité : chercher des sons qui peuvent imiter le vent, le serpent, la pluie…, puis faites une liste de mots contenant ces mots. (par exemple pour le vent : le son [f] et les mots « feuille » « souffle » « froid » « fort » etc…) Chercher ensuite comment assembler ces mots.

Le poète n’hésite pas aussi à inventer des mots, qui n’ont du sens que grâce à leurs sonorités. L’exemple le plus célèbre est « Le Grand combat » d’Henri Michaux. Voici les premiers vers :

Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;

Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle ;

Il le pratèle et le libucque et lui barufle les ouillais ;

Il le tocarde et le marmine,

Le manage rape à ri et ripe à ra.

Enfin il l’écorcobalisse.

Activité : Imaginez une situation avec votre enfant, et amusez vous à inventer des mots. Par exemple les bruits d’une basse-cour, ou encore les bruits de la forêt (le ruisseau qui gloutàgloute sur les moullimes)

 

  • La langue poétique est toujours à l’écart de la langue commune

Le poète trouve des images. Les images permettent d’enchanter le monde, car elles le font rentrer dans l’imaginaire. Pensons au début du poème « Zone » d’Apollinaire

Bergère ô tour Eiffel

Le troupeau des ponts bêle ce matin

L’image de la Tour Eiffel en bergère qui surveille son troupeau de moutons-ponts est surprenante et donc a une grande force poétique. Nos enfants qui aiment tant à dire « on dirait que… » peuvent être plein d’imagination pour construire des images poétiques. Il suffit de les aider à se lancer sans crainte dans l’imaginaire.

A lire : La Bicyclette de Jacques Réda

Activité : S’amuser à donner vie à des animaux, des végétaux, à en faire des images inhabituelles. La lutine est très habile avec cet imaginaire, bien plus que moi. Je pense qu’elle sait mieux laisser la bride à son imagination, et ne se soucie pas de rationalité.écrire poésie enfants maternelle primaire écrire poésie pluie

Activité : On peut aussi lire des poèmes et dessiner ce qu’ils nous évoquent. Pour ceci par exemple, on peut lire par exemple « Ponts » de Rimbaud.

Activité pour les plus grands : Parfois en grandissant, on a plus de difficulté à associer des mots de façon originale, à quitter cette fameuse rationalité. Voici un petit exercice qui peut aider. Lire aux enfants une série de poèmes (par exemple dans une anthologie de la poésie du XXème, j’aime bien celle-ci). Les enfants/ados/adultes écrivent tous les mots qui leur plaisent dans les trois premières colonnes d’un tableau à 4 colonnes. Quand tout le monde a rempli au moins 4 lignes, on lit une liste de verbes usuels, les écrivains recopient ceux qui leur plaisent dans la 4ème colonne. Puis, ils essaient de créer un vers par ligne du tableau en utilisant les 4 mots écrits. Pour les associer, on peut utiliser le complément du nom (exemple avec ma première colonne : « la fontaine des pleurs » « les pleurs du soleil » « le soleil de la fontaine » « la fontaine du soleil »), on s’amuse à manipuler les mots dans tous les sens, à essayer différentes associations, on ajoute des adjectifs, et peu à peu, on découvre la magie des associations inattendues, et leur force poétique.

Voici un petit exemple que j’ai fait rapidement pour illustrer cette activité :

fontaine pleurs Soleil Regarder
roses buffet Chant Boire
tendresse châtaignier Merveille Marcher
aube douceur cœur écouter

Le soleil regarde les pleurs de la fontaine

Il boit le chant des roses qui s’échappent d’un vieux buffet.

Le châtaignier marche avec tendresse vers cette merveille

Dès l’aube, il écoute la douceur de ton cœur.

Voici des idées de poèmes à lire :

  • l’anthologie des poèmes cités dans cet article, plus quelques autres que j’aime beaucoup document : poèmes
  • Quelques anthologies très bien illustrées que nous avons à la maison :

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Une réflexion sur “Lire et écrire de la poésie avec ses enfants

  1. tiphanya dit :

    Ma fille aime aussi beaucoup les rimes et les jeux de mots. Du coup pour cet été, j’ai inclus un petit recueil de haiku à nos lectures. Juste pour voir ce que ça donne

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